Alors que la Suisse doit accélérer le développement du solaire, la mobilisation de nouvelles surfaces reste un enjeu majeur, en particulier lorsqu’il s’agit de terres agricoles. À Conthey, plusieurs installations agrivoltaïques mettent cette approche à l’épreuve du terrain. Les premiers retours, présentés lors d’un EnovArk Connect organisé le 21 mai à l’Agroscope, montrent un potentiel réel, mais confirment aussi la nécessité d’adapter chaque solution à la culture, à la parcelle et aux besoins de l’exploitation. 

L’agrivoltaïsme repose sur le double usage d’une même surface, pour produire à la fois des denrées agricoles et de l’électricité solaire. Dans la pratique, l’équilibre est délicat. Les besoins en lumière varient fortement selon les cultures, tandis que les installations influencent le microclimat, la protection contre les aléas météorologiques et les conditions de production. 

Réunissant Insolight, l’Agroscope, Romande Energie et le Canton du Valais, l’événement organisé à Conthey a permis de faire le point sur ces enjeux à partir d’un cas concret suivi en conditions réelles. 

Un double défi pour le Valais 

Le Valais s’est fixé des objectifs énergétiques ambitieux à l’horizon 2035. Pour le photovoltaïque, cela représente +840 GWh par an, soit environ 4 millions de m² de panneaux solaires. Comme l’a rappelé Laurent Favre, du Service de l’agriculture du Canton du Valais, la priorité reste toutefois le développement du solaire sur les toitures, les infrastructures, les parkings et les surfaces déjà artificialisées. 

En zone agricole, l’agrivoltaïsme n’est envisageable qu’à certaines conditions, notamment lorsqu’un bénéfice agricole est démontré ou dans le cadre de recherches et d’essais. L’enjeu n’est donc pas simplement d’installer des panneaux au-dessus de cultures, mais de vérifier si ces dispositifs apportent une réelle valeur ajoutée à l’agriculture. 

Fraises, framboises : des réactions très différentes 

Les essais présentés par l’Agroscope montrent que toutes les cultures ne réagissent pas de la même manière à l’ombrage. À Conthey, les premiers résultats sur les baies indiquent que les fraises sont plus sensibles au manque de lumière, avec des impacts sur le rendement et certains paramètres de qualité. 

Les framboises semblent offrir davantage de potentiel, à condition que l’installation garantisse un apport lumineux suffisant. Ces résultats confirment un point central, l’agrivoltaïsme ne se déploie pas selon une recette unique. Le bon équilibre consiste à préserver la qualité et le rendement des cultures, tout en assurant une production d’énergie suffisante pour rendre le modèle pertinent. 

Conthey, un laboratoire à ciel ouvert 

Le site de l’Agroscope à Conthey accueille plusieurs installations agrivoltaïques, dont un démonstrateur arboricole mis en service en 2025. Il couvre 3’900 m² de surface agrivoltaïque, complétés par 1’300 m² de parcelles témoins, et associe des cultures de pommes, poires et abricots. 

Différentes technologies y sont comparées, notamment des panneaux bifaciaux, des panneaux semi-transparents ou standards, des écrans d’ombrage et des trackers orientés selon les besoins énergétiques ou agricoles. L’objectif est de mesurer, sur plusieurs années, leur impact sur le rendement, la qualité des fruits, la croissance des plantes, le microclimat et la protection contre le gel, la grêle ou les coups de soleil. 

Des performances énergétiques prometteuses 

Du côté énergétique, les premiers retours de Romande Energie sont encourageants. L’installation arboricole de Conthey a produit environ 320 MWh d’électricité solaire lors de sa première année de mise en service, soit l’équivalent de la consommation annuelle de 128 ménages. 

Cette production est supérieure de 23 % à celle d’une installation solaire voisine classique en toiture. Cette performance s’explique notamment par l’utilisation de panneaux bifaciaux et par une meilleure aération des modules. 

Avant de généraliser, mesurer 

Basée à Renens, Insolight développe et déploie des solutions agrivoltaïques déjà mises en œuvre sur plusieurs sites, dont celles testées à Conthey. L’entreprise combine structures solaires, pilotage de la lumière et outils de modélisation afin d’adapter les installations aux cultures et aux conditions locales. L’objectif n’est pas seulement de produire de l’électricité, mais de proposer un outil capable de s’intégrer aux besoins des exploitations agricoles. 

Les échanges ont aussi rappelé que l’agrivoltaïsme reste une solution à adapter au cas par cas. Les bénéfices doivent être démontrés selon les cultures, les parcelles, les technologies utilisées et les modèles économiques. Les coûts d’investissement sont importants, les décisions engagent les exploitants sur plusieurs décennies et l’agriculture doit rester au centre de la réflexion. 

À Conthey, l’agrivoltaïsme n’est pas présenté comme une solution miracle, mais comme une piste à documenter et à explorer. C’est précisément ce qui fait l’intérêt du projet, il permet de confronter les promesses technologiques aux réalités agricoles, énergétiques et économiques du terrain.