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Christophe Ballif : la transition énergétique mondiale est possible avec les énergies renouvelables

09 Sep 2026

À l’occasion de l’Event Smart Energy qui s’est tenu fin août au Campus Energypolis de Sion, Christophe Ballif, professeur à l’EPFL et spécialiste reconnu de l’énergie photovoltaïque au CSEM, a livré un état des lieux sans détour de la transition énergétique mondiale. Entre désinformation, avancées technologiques et défis structurels, son intervention a permis de remettre les pendules à l’heure sur ce que l’on peut réellement attendre du solaire. La transition reste selon lui tout à fait possible avec les énergies renouvelables, alors que le nucléaire reste la pire option possible.

Pour comprendre les enjeux, il faut d’abord regarder les chiffres mondiaux. « On consomme actuellement 186’000 TWh d’énergie, avec une croissance de 2% par année, portée notamment par la Chine, l’Inde et l’Afrique. Le problème, c’est que 80% de cette énergie est encore d’origine fossile, contre seulement 20% de décarboné », a-t-il rappelé. Le défi est donc clair : rendre neutre en carbone cette large part fossile qui domine encore le mix énergétique mondial.

Christophe Ballif n’a pas manqué de pointer du doigt certains acteurs qui freinent la transition. « Il y a un lobby de l’énergie fossile, ainsi que des pays qui dépendent du pétrole. C’est un combat permanent à mener contre la désinformation. Beaucoup d’influenceurs font le jeu des lobbies pétroliers en ignorant simplement les renouvelables », a-t-il dénoncé.

Le nucléaire, une fausse bonne solution à grande échelle

Interrogé sur la place du nucléaire dans l’équation énergétique, le spécialiste a été catégorique. En 2050, il faudra environ 250’000 TWh d’énergie, ce qui implique de tripler la production d’électricité pour atteindre 100’000 TWh. « Pour y parvenir uniquement avec du nucléaire, il faudrait construire l’équivalent de 13’000 centrales de 1 GW chacune. C’est tout simplement impossible à mettre en place techniquement. Le nucléaire peut contribuer localement, mais il ne peut être qu’une solution de second ordre. Dans la transition énergétique, le nucléaire n’est que du bruit », a-t-il tranché.

 

Selon lui, le système peut fonctionner sans miser massivement sur l’atome, à condition de bien gérer le stockage journalier, notamment grâce au pompage-turbinage et aux batteries. « En Europe, le système fonctionne déjà bien, car le vent et le solaire sont complémentaires. Le gaz et les autres fossiles restent utiles, en réserve, pour les cas de rigueur », a-t-il précisé.

Des coûts qui ont fondu

L’un des arguments les plus forts en faveur de l’énergie reste économique. « Un mètre carré de panneaux solaires coûte aujourd’hui 22 francs pour le coût d’importation de la matière, ce qui revient à 0,4 centime le kWh. Pour l’essence, sans les taxes, on est à 25 centimes le kWh. Le solaire est donc largement moins cher », a-t-il illustré.

Un rythme d'installation impressionnant, mais encore insuffisant

Chaque jour, ce sont 2 GWh de panneaux solaires qui sont installés dans le monde, principalement en Chine mais aussi dans de nombreux autres pays. En 2025, l’équivalent de 170 centrales nucléaires a été installé en solaire et en renouvelable. « Et pourtant, on n’a absorbé que 2% de la demande mondiale. Il faudrait multiplier par deux ou trois la production renouvelable actuelle pour vraiment inverser la tendance. Tous les pays doivent faire leur part », a insisté Christophe Ballif.

Le rôle central, et ambigu, de la Chine

Le professeur a longuement évoqué la position dominante de la Chine dans la production des technologies renouvelables. « Il faut investir massivement pour installer des lignes de production sur toute la chaîne de valeur, que ce soit pour les panneaux solaires ou les batteries. Pendant les années Covid, la Chine a fait ces investissements et dispose désormais de capacités de production considérables. On a, grâce à elle, de quoi sauver le monde en 30 ans. »

 

Cette situation s’explique aussi par la crise immobilière chinoise, qui a poussé les banques à réorienter leurs prêts massivement vers l’industrie du renouvelable. « En Chine, il y a désormais beaucoup trop de capacités de production. Résultat : les coûts baissent et la qualité augmente, dans un contexte de forte concurrence entre entreprises et entre régions. C’est pour cela que la Chine reste imbattable sur ce terrain. »

 

Mais cette suprématie chinoise crée aussi des tensions géopolitiques. « La Chine, qui a besoin d’exporter, devient l’ennemi des pays producteurs de pétrole, et les États-Unis sont en train de les aider », a noté Christophe Ballif, tout en soulignant qu’en Europe, la pression est forte sur les entreprises pour maintenir leur propre capacité de production face à la mainmise chinoise.

Les batteries, un vrai game changer

Concernant le stockage, les progrès sont tout aussi spectaculaires. « La baisse des coûts des batteries est un véritable game changer, surtout si l’on parvient à augmenter le nombre de cycles. On parle désormais d’un centime par kWh stocké. Ce sont des opportunités qui n’existaient tout simplement pas il y a quelques années ».

 

Sur la question sensible des ressources, Christophe Ballif s’est voulu rassurant. « Il y a assez de matériaux disponibles pour réaliser la transition énergétique avec le solaire et les autres énergies renouvelables. Des substitutions sont possibles, et les ingénieurs trouvent toujours des solutions. » Il souligne aussi un avantage géopolitique majeur. « Ces matériaux sont beaucoup mieux répartis sur la planète que ne l’est le pétrole. C’est une bonne nouvelle, y compris pour l’Europe. »

Les défis suisses et la nécessaire flexibilité

Sur le plan local, Christophe Ballif observe une certaine frilosité. « L’ambiance n’est pas très favorable en Suisse actuellement. On constate une baisse de l’installation de panneaux solaires, liée aux incertitudes ambiantes autour des tarifs de reprise de l’énergie. Mais il faut garder à l’esprit qu’on fait cela pour sauver le monde, pas pour faire du bénéfice. »

 

Il pointe aussi des défis techniques bien réels, notamment liés à la forte pénétration du solaire dans le réseau. « Il y a un vrai risque de surproduction à la mi-journée, ainsi que des enjeux de cybersécurité. Le risque technique augmente si l’on n’est pas capable de bien contrôler cette production. » Une meilleure coordination entre les acteurs du réseau devient alors indispensable. « On compte environ 600 gestionnaires de réseau de distribution en Suisse, ce qui rend la situation assez compliquée à orchestrer. »

 

Pour lui, l’avenir appartient à un système plus flexible, capable d’absorber les excédents de production. « On peut par exemple chauffer de l’eau lorsqu’il y a un surplus d’électricité. Et même pour le creux hivernal, il existe des solutions renouvelables. Le nucléaire reste, dans tous les cas, la moins bonne option. »

 

Malgré les défis qui subsistent, Christophe Ballif conclut sur une note résolument positive. « C’est incroyable ce que l’on peut désormais faire avec le solaire, et beaucoup de choses vont encore arriver dans les années à venir. »

 

Propos recueillis le 27.08.2026 à l’occasion de l’Event Smart Energy

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