Transition écologique : les villes en première ligne
Au plus près des réalités du terrain, c’est à l’échelle des villes que se concentrent les enjeux et que bon nombre de solutions prennent forme. Comment les politiques urbaines permettent-elles d’accélérer la transition écologique ? Nous avons posé la question à Dominique Riedo, chef du secteur de la transition écologique à la Ville de Fribourg

Rappel des faits
Des plans climat aux planifications énergétiques territoriales, les villes suisses multiplient les stratégies pour mener à bien la transition écologique. Mais au-delà des objectifs affichés, celle-ci dépend surtout de leur capacité à traduire les intentions en projets, à les coordonner et à en mesurer les effets sur le terrain. Au croisement des politiques climatiques, énergétiques et d’aménagement urbain, c’est cette mise en œuvre que nous avons souhaité explorer ici.
La ville est-elle le bon échelon pour mettre en œuvre la transition écologique ?
Bien sûr. Ce ne sont ni la Confédération ni les cantons qui construisent un réseau de chauffage à distance, installent des bornes de recharge ou végétalisent les espaces publics. Les villes sont le lieu où ces orientations deviennent des réalisations concrètes, adaptées aux ressources et aux spécificités de chaque territoire. Par exemple à Fribourg, la Sarine, le lac Pérolles et celui de Schiffenen offrent un important potentiel de chaleur renouvelable pour alimenter les réseaux de chauffage à distance. D’autres villes miseront plutôt sur la biomasse ou la géothermie.
Depuis quelques années, les villes multiplient les plans climat. Comment éviter qu’ils restent de simples déclarations d’intention ?
Les plans climat ont beaucoup évolué. Les premiers avaient surtout une fonction de sensibilisation. Ils permettaient de mettre ces enjeux à l’agenda politique et de fixer une direction. Aujourd’hui, on attend du concret. À Fribourg, nous avons d’abord évalué l’impact des politiques déjà en place avant d’ajouter à notre plan climat les mesures nécessaires pour atteindre nos objectifs. Et puis un plan climat ne doit pas rester un document figé. Il faut monitorer régulièrement les mesures mises en œuvre et leurs effets, puis les ajuster si les résultats ne sont pas au rendez-vous. La transition écologique doit être pilotée par des données de suivi, pas uniquement par des objectifs.

Quels sont les principaux obstacles auxquels les villes sont confrontées pour mettre en œuvre ces objectifs ?
On parle souvent de lenteur administrative, mais les grands projets prennent du temps par nature. Ils impliquent des procédures, des autorisations, des consultations, et parfois plusieurs niveaux institutionnels. Les leviers d’action des communes dépendent aussi des compétences qui leurs sont accordées. À Fribourg, nous pouvons par exemple imposer le remplacement des chaudières fossiles par des solutions renouvelables, ce qui n’est pas le cas partout. Enfin, les ressources humaines sont déterminantes ; au-delà des moyens financiers, il faut aussi suffisamment de personnes pour porter les projets et maintenir en permanence ces questions à l’agenda politique.
Quelles devraient être les priorités des villes dans les prochaines années ?
L’enjeu majeur reste la décarbonation des bâtiments. Si les villes ont peu de prise sur le rythme auquel les propriétaires entreprennent des rénovations, elles peuvent en revanche accélérer la sortie des énergies fossiles, grâce à leurs règlements communaux ou en accordant des subventions pour le remplacement des systèmes de chauffage. Il est aussi très important d’accompagner les propriétaires immobiliers dans leurs démarches, car bien souvent, ce qui bloque les projets n’est pas le manque de volonté, mais le manque d’information.
Dans un contexte de croissance démographique, comment les villes peuvent-elles accueillir davantage d’habitants sans accroître leur empreinte écologique ?
La densification est souvent présentée comme une contrainte ; j’y vois surtout une opportunité. Le principal défi des villes est aujourd’hui la lenteur de la rénovation énergétique du parc immobilier. Or quand un propriétaire réalise des travaux sur un bâtiment pour l’agrandir ou le surélever, c’est aussi l’occasion de l’assainir sur le plan énergétique, d’améliorer son efficacité et de remplacer un système de chauffage fossile par une énergie renouvelable. Bien sûr, la croissance démographique des villes entraîne des besoins supplémentaires en matière de mobilité, de gestion des déchets ou d’infrastructures. Mais ce n’est pas un imprévu : c’est un paramètre de départ qui est intégré dans toutes les politiques urbaines.
Face à ces défis, les villes moyennes comme Fribourg disposent-elles d’un avantage sur les grandes métropoles ?
Je ne suis pas certain que la taille d’une ville soit le facteur déterminant. La transition écologique suppose de faire converger l’ensemble des politiques urbaines – énergie, mobilité, infrastructures, ou encore gestion de l’eau ou des déchets – autour d’une même trajectoire. Mais ce qui compte avant tout, ce sont les ressources que la ville consacre à ces enjeux, en particulier les ressources humaines. À partir du moment où une administration communale dispose de personnes capables d’animer cette politique, les choses avancent, quelle que soit la taille de la ville.
Propos recueillis par Elodie Maître-Arnaud
L’expert

Dominique Riedo est ingénieur en énergie électrique. Après une dizaine d’années passées chez des fournisseurs d’énergie, il a rejoint la Ville de Fribourg, où il dirige depuis neuf ans le secteur de la transition écologique. Il pilote les politiques communales en matière de transition énergétique, d’environnement et de plan climat, en coordination avec l’ensemble des services de la ville.