C’est l’une des centrales de pompage-turbinage les plus puissantes d’Europe. Lors du Smart Energy Event 2026 à Sion, son directeur Jeremy Urech est revenu sur les premières années d’exploitation de Nant de Drance et sur le rôle de cette installation dans la stabilisation des réseaux électriques suisses et européens.
Entre le lac d’Emosson, à 1’930 mètres d’altitude, et celui du Vieux Emosson, à 2’225 mètres, la centrale de Nant de Drance fonctionne comme une véritable batterie géante. Sa capacité de stockage atteint 20 GWh, soit 20 millions de kilowattheures. « Pour donner une idée de l’échelle, un seul remplissage permettrait d’alimenter plus de 4’000 ménages pendant une année ou d’alimenter durant un an 8’000 véhicules électriques », selon les chiffres présentés par Jeremy Urech.
Sur l’ensemble de l’année 2025, le volume exploité a atteint 1 TWh, « soit l’équivalent de 200’000 ménages suisses ou de 400’000 véhicules, soit près de deux fois le parc de véhicules électriques en Suisse ».
Une flexibilité sans équivalent
La force de Nant de Drance ne tient pas seulement à sa capacité de stockage, mais à son degré de flexibilité. Ses six groupes de production à vitesse variable permettent un excellent rendement, un réglage fin en mode turbine comme en mode pompe, et même un fonctionnement en compensateur, c’est-à-dire un réglage de la tension sans pompage ni turbinage.
Les dimensions de l’ouvrage donnent le vertige. En une minute, la centrale remplit « un peu moins de dix piscines olympiques ». Et la redondance des six groupes offre aussi un avantage pratique lors des opérations de maintenance, comme le souligne le directeur.
Des cycles dictés par le soleil
Durant ses premières années, la centrale a adapté son rythme à l’évolution du marché. En avril 2026, la semaine était encore marquée par un cycle hebdomadaire : turbinage en semaine, lorsque les prix sont élevés, puis remplissage du lac le week-end. Un mois plus tard, le scénario avait changé. « De fortes fluctuations dues essentiellement à une forte production solaire ont imposé un cycle purement journalier, avec turbinage le matin et le soir, et pompage en journée ».
« L’avantage de disposer d’une « batterie » de 20 GWh et d’une grande puissance, c’est de pouvoir capter des opportunités. En plus de cela, nous pouvons offrir des services de réglage au réseau en turbinage, en pompage et également en mode compensateur ».
L’été apporte son lot de surprises. Avec la canicule, la consommation augmente et les puissances nucléaires diminuent, poussant les prix vers le haut. « L’écart reste présent, mais généralement moins important. Il existe néanmoins de belles opportunités pour notre centrale, notamment grâce aux services de réglage », précise le directeur.
La disponibilité de la centrale en question
« L’un des défis majeurs pour Nant de Drance est la disponibilité de la centrale », insiste le directeur. Contrairement à une centrale à accumulation, la perte d’une opportunité, donc d’un cycle de pompage-turbinage, est une « perte directe nette » qui ne pourra pas être compensée plus tard. Ainsi, au moins un groupe de production a tourné au moins à 90% depuis le début 2026.
L’enjeu financier est de taille. Les charges annuelles approchent 91 millions de francs, dont 40 millions d’amortissements et des frais financiers liés à la dette. « Cela représente environ les trois quarts des charges », chiffre Jeremy Urech. Pour réduire le prix de revient, il faut donc augmenter la production et maintenir l’aménagement le plus disponible possible.
Dans ce but, la centrale mise sur une maintenance préventive équilibrée, ainsi que sur des outils modernes capables d’anticiper les incidents : maintenance prédictive, jumeaux numériques de l’aménagement….
Le réseau, le facteur limitant
La disponibilité de la centrale dépend aussi du réseau. Aujourd’hui, des saturations entraînent des limitations de puissance pour Nant de Drance. Lors de travaux sur certains éléments, l’installation ne peut pas évacuer toute sa puissance et se retrouve limitée selon le principe du « dernier arrivé, premier limité ». « Il est donc très important de réaliser au plus vite les extensions nécessaires sur le réseau à très haute tension, notamment sur les lignes 380 kV Chippis–Bickigen et Chippis-Lavorgo », plaide Jeremy Urech.
La performance de l’ouvrage repose également sur les équipes. Depuis le 1er janvier 2025, la société Hydro Exploitation a repris totalement l’exploitation de la centrale. « Une disponibilité élevée passe forcément par les compétences et le savoir-faire des équipes d’exploitation », souligne le directeur, qui met l’accent sur la formation et les conditions de travail afin d’éviter un turnover important.
La flexibilité ne s’arrête donc pas à la machine. « Flexibilité de l’aménagement égale flexibilité de l’ensemble de la chaîne de valeur », conclut Jeremy Urech, qui appelle à une coordination permanente de toutes les parties prenantes, de l’exploitant local au trader chargé de commercialiser l’énergie 24 h/24 et 7 j/7.
Propos recueillis le 28 août 2026 lors de l’Event Smart Energy


